CANNES, 24 mai 2007 (AFP) - Pas de belle montée des marches pour le s'>
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La veille de la project ion, Alexandre Sokourov, 55 ans, a fait savoir à son tour qu'il ne viendrait pas, après avoir eu un malaise lui aussi. In fine, la conférence de presse a été annulée jeudi. Tourné dans des conditions extrêmes, sous la protection du FSB (ex-KGB) vers Grozny où les régiments russes sont cantonnés, à proximité des mines et des explosions quotidiennes, le film a ému les critiques qui l'ont applaudi le matin à Cannes, avant sa project ion officielle dans la soirée. Porté par la belle photographie sépia d'Alexandre Burov, "Alexandra" évoque avec puissance les ravages causés par deux guerres dans cette république du Caucase. Si la première a duré deux ans (1994-1996), des combats sporadiques se poursuivent entre indépendantistes, islamistes radicaux et l'armée russe, sept ans après le début de la seconde en 1999. Dans "Alexandra", la guerre est à la fois invisible et omniprésente: une guerre qui n'a rien d'héroïque, qui dure depuis bien trop longtemps, une guerre usante, sale, qui abîme les corps et les âmes, qui démoralise les soldats. Le film suit les pérégrinations d'une babouchka, grand-mère russe ordinaire perdue dans une zone de conflit qui offre un paysage humain désolé, à la ligne de front aussi obsédante qu'invisible. La silhouette lourde, une lassitude infinie mâtinée de volonté farouche dans le regard, Alexandra Nikolaevna (Galina Vichnevskaïa) est une femme âgée, veuve et grand-mère, comme il y en a tant en Russie. Elle quitte Saint Petersbourg pour retrouver son petit-fils Denis (Vassili Chevtsov), officier basé en Tchétchénie, qu'elle n'a pas vu depuis sept ans. Bravant l'inconfort du voyage en train, puis en tank, elle atterrit de nuit dans un camp militaire perdu dans un paysage rocailleux et quasi lunaire. Là, elle retrouve Denis et ses semblables, des hommes jeunes mais usés, sales et suants dans leurs mauvais uniformes, confinés dans de sordides baraques, et moralement minés, car retranchés de la vie depuis trop longtemps. Alexandra hante le camp, parle aux uns et aux autres, hume les odeurs "des armes, du fer, des hommes", brave les interdits, observe tout - "Je veux regarder. C'est important pour moi" dit-elle - . Elle finit par se lier avec des femmes tchétchènes, et par découvrir en elles des âmes soeurs, au fil de belles scènes profondément humanistes. Auteur d'une quarantaine de fictions et documentaires, ancien élève d'Andreï Tarkovski dont il est considéré comme un héritier, Sokourov revient pour la 5e fois à Cannes. Il a notamment été en compétition avec deux portraits, celui d'Hitler dans "Moloch" (1999) et de Lénine, avec "Taureau" (2001).
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